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Peur et colère des Soudanais bloqués par les violences

Sandrine Blanchard | Avec agences
26 avril 2023

Malgré la trêve décrétée au Soudan, des tirs ont été signalés dès hier. La population peut à peine sortir de chez elle dans les zones de combat.

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Un homme regarde sa maison détruite à Khartoum (photo du 25 avril 2023)
L'Onu s'attend à ce que des dizaines de milliers de Soudanais fuient encore les violences dans le paysImage : Marwan Ali/AP Photo/picture alliance

Qu’ils soient soudanais ou étrangers, les civils quittent en masse la ville de Khartoum et les autres zones de combats au Soudan. Malgré la trêve décrétée pour 72 heures sous l’égide des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite, des affrontement ont repris dès hier [25.04.23]. 

Depuis le début des hostilités entre les généraux al-Burhane, qui est le chef de la junte au pouvoir, et celui des RSF, "Hemedti", des millions de Soudanais sont restés bloqués chez eux. Plus de 420 personnes, dont au moins 273 civils ont déjà été tués depuis la mi-avril. Et les combats ont fait plus de 3.700 blessés.

Appels de l'Onu

Le Conseil de sécurité se penchait hier sur le conflit au Soudan. Le secrétaire général des Nations Unies appelle à la fin des hostilités entre les troupes loyalistes commandées par le chef de la junte, le général al-Burhane, et celles du RSF de "Hemedti".

Jusqu'à présent, toutes les tentatives de trêves de courte durée ont échoué ou n'ont apporté qu'une accalmie toute relative.

"Les combats doivent cesser immédiatement, a ainsi déclaré Antonio Guterres, le secrétaire général de l'Onu. Nous avons besoin d'un effort mondial pour la paix. J'appelle les parties au conflit, les généraux Abdel Fattah al Burhan et Mohamed Hamdan Dagalo que j’ai rencontrés, les forces armées soudanaises et les forces de soutien rapide à faire taire les armes. Il incombe aux dirigeants soudanais de placer les intérêts de leur peuple au premier plan.

Ce conflit ne sera pas et ne doit pas être résolu sur le champ de bataille, avec les corps du peuple soudanais. Le peuple soudanais a exprimé très clairement son souhait : il veut la paix et le rétablissement d'un régime civil par le biais d'une transition vers la démocratie. Les parties au conflit doivent respecter le cessez-le-feu de 72 heures négocié par les États-Unis et se réunir pour établir une cessation permanente des hostilités. Je demande instamment à tous les membres du Conseil, aux autres États membres et aux organisations régionales influentes de les inciter à désamorcer les tensions et à revenir immédiatement à la table des négociations".


Les autorités soudanaises ont fait savoir ce matin qu'Omar el-Bechir avait été transporté dans un hôpital militaire de Khartoum avant même le début des hostilités. L'ancien dirigeant était emprisonné, sous le coup d'un mandat d'arrêt de la CPI, dans la prison de Kober, avec d'autres anciens responsables du pays. Ce matin, cette prison a été prise d'assaut par les RSF qui auraient libéré tous les prisonniers présents dans l'enceinte.

Portrait d'Omar al-Bashir (archive de 2019)
Omar el-Béchir aurait été transféré dans un hôpital avant même le début des hostilités au SoudanImage : Mohamed Khidir/Xinhua/Imago

Les civils soudanais bloqués

De nombreux pays continuent d’évacuer leurs diplomates, travailleurs humanitaires et autres ressortissants résidant au Soudan, ce qui fait craindre une aggravation de la situation aux Soudanais.

Kawenda al-Sir, habitant de Khartoum, fait part de son pessimisme : "Aucun service n’est disponible, la trêve devrait permettre de fournir des services aux gens et leur permettre de sortir de chez eux pour acheter ce dont ils ont besoin puis de rentrer chez eux. Mais personne ne sort parce que les gens ne sont pas assurés. C'est la troisième trêve, mais les gens ont peur. Hier soir et jusqu'à ce matin, c’était calme, mais maintenant on peut entendre des tirs, donc personne ne profite vraiment de cette trêve."

Une autre habitante de la capitale, Nadia Othman, laisse quant à elle exploser sa colère : "Nous en avons assez, nous ne pouvons pas sortir de chez nous, dit-elle, même s'ils nous le demandaient. Nous allons mourir dans nos maisons, nos enfants sortent le matin pour nous apporter de l'eau et ils reviennent le soir, nous n'avons même pas d'eau à boire. Jusqu'à quand ça va durer, Burhan (le général Abdel-Fattah Burhan, commandant des forces armées) ? Jusqu'à ce que Hemedti prenne le pouvoir ? Vous deux, craignez Dieu dans la façon dont vous nous traitez. Le pouvoir n'est que dans les mains de Dieu, la nation entière prie contre vous!"